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Je suis en France

Après l’avion plein à craquer et la cohue de l’aéroport, ce sont les kilomètres qui défilent sur l’autoroute vide. Seuls quelques camions et le silence.

Ces paysages d’autoroute que je connais si bien, plats, verts ou jaune ou les deux, avec une petite église qui se dresse parfois dans le fond et le sentiment d’être à la maison.

Mais j’ai l’impression qu’on m’emmène en prison, sans trop bien savoir pour combien de temps.

Le ciel, lui, m’offre son meilleur spectacle. 

Masque sur le nez, j’admire mon dernier coucher de soleil avant longtemps.

Toutes les couleurs du spectre se mêlent avec douceur pendant de longues minutes, avant de laisser place à un orange brûlant qui fend le bleu céleste.

Bientôt, c’est une nuit d’encre qui s’abat sur nous.

Le nez collé contre la vitre, j’admire le ciel.

Quand mon regard se pose sur ces trois petites étoiles presque parfaitement alignées, mes yeux se brouillent de larmes.

Je suis ramenée à cette nuit de novembre, allongés sur le sable d’une plage équatorienne, où je décrète que la ceinture d’Orion est ma préférée.

Et puis, je repense aux mots du commandant de l’avion : “préparez-vous, la situation fait peur, ça va vous faire un choc”. J’avais senti l’angoisse monter en moi. Mon cœur qui s’accélère, ma poitrine qui se serre et me coupe le souffle.

Mais là, en traversant mon pays endormi, je ne vois rien.

Guerre invisible et pourtant, les hôpitaux ne désemplissent pas des soldats tombés.

Dans la fraîcheur de cette paisible nuit de mars, comment le soupçonner ?

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