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Je deviens parano

Il me reste 5 jours à attendre avant mon vol de retour vers la France. Cinq petits jours à Ho Chi Minh Ville, la grouillante capitale vietnamienne.

Un seul objectif: ne pas me faire contaminer pendant ces 5j. Ne pas ramener le virus avec moi et contaminer ma famille.

Je suis avec attention le site du gouvernement vietnamien.

En quelques jours, les cas ont augmenté à HCMC. Ils ne sont plus seulement des voyageurs ou des Vietnamiens rentrés d’Europe.

Le virus se multiplie ici aussi, en silence.

Les touristes ont disparu ou presque.

Mais le dortoir où je pensais naïvement être seule est rempli d’autres voyageurs qui, comme moi, attendent de rentrer chez eux.

Personne ne s’approche, personne ne se parle.

Quand quelqu’un tousse, les regards méfiants se tournent vers lui.

Je lis que le virus ne voyage pas dans l’air, et finalement peut-être que si. Qu’il reste sur les surfaces 24h, ou peut-être 3 jours.

5 jours, 5 petits jours. Je commence à devenir parano.

Je décide de prendre une chambre privée et de m’isoler, en espérant que cette peur diffuse finisse par disparaître.

Mais elle ne me quitte pas.

Je dois bien sortir pour manger, cachée et suante derrière mon masque par 35°C.

Derrière chaque geste que je fais, chaque chose que je touche, il y a l’ombre du coronavirus.

Quand je touche la rampe des escaliers ou le menu du restaurant.

Quand je saisis les couverts qu’on me tend ou que je m’essuie la bouche.

Quand on me rend ma monnaie ou avant de désinfecter mon téléphone.

Alors comment ils font ceux qui, en France, travaillent encore avec du public ? 

Les professionnels de santé, les caissiers, les livreurs… Tous ceux qui s’exposent pour sauver les autres ou pour leur permettre de continuer à subvenir à leur besoin.

Quelle fatigue mentale ils doivent endurer, eux qui sont en première ligne ? 

Quel stress ils doivent ressentir, quand ils rentrent le soir avec leur famille ?

Pendant 5 jours, je suis encore libre d’aller où je veux. De discuter dans la rue à moins d’un mètre. D’aller dans les bars et de manger dehors.

Et pourtant, au fond de moi, je n’attends qu’une chose pour être soulagée: être confinée.

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