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Ton téléphone pour combler le vide

Qu’est ce tu aimais faire pendant des heures lorsque tu étais enfant ?

Dessiner ? Construire des forteresses en Lego ? Jouer d’un instrument de musique ?

Prends juste quelques instants pour y réfléchir.

Moi enfant, j’aimais peindre, dessiner, écrire… Je pouvais passer des journées entières à créer.

J’écrivais des histoires. Mon personnage principal s’appelait Lara : c’était moi mais en mieux et avec des yeux verts. Je dessinais des portraits et créait des mini-magazines.

Les moments d’ennui étaient propices à la réflexion et à la création.

Je pouvais réfléchir pendant des heures à un sujet, refaire le monde.
J’étais curieuse de tout.

C’était génial, de s’ennuyer.

Et puis les réseaux sociaux sont venus tout gâcher.

En grandissant, j’ai délaissé ce qui me passionnait auparavant. J’ai commencé à sortir avec mes amis, à avoir plus de liberté, à explorer.

J’ai laissé tomber mes crayons. Je pensais juste que mes centres d’intérêt avaient changé. Que dessiner et peindre c’était des passions d’enfant.

En fait, j’avais juste l’esprit trop occupé par les messages, les notifications.

Parce que cet âge-là, c’est aussi l’âge où j’ai commencé à utiliser MSN.
En rentrant de l’école, je fonçais sur l’ordinateur pour discuter avec mes amis.

J’avais du mal à décrocher. Tellement qu’à l’heure de manger ma mère devait m’appeler plusieurs fois pour que je finisse par mettre mon statut en « occupée ».

C’est aussi le moment où j’ai eu un téléphone. Celui avec les touches et le t9, qui te permettait d’écrire un texto sans regarder le clavier. Quand j’avais un moment de libre, j’écrivais des SMS.

Les moments de vide, je les comblais sur mon téléphone.

Je ne me laissais plus la chance de m’ennuyer.

Et puis les réseaux sociaux sont arrivés. Ils ont condamné à mort ma créativité.

Cinq minutes à attendre le bus ou un ami et je sors mon téléphone. Je scrolle Facebook, Instagram, les articles du Monde.

Notre téléphone s’invite jusque dans les toilettes, jusque dans le lit le soir.

Avant de m’endormir, je check Instagram, le regard vide, épuisée de ma journée.

Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre ? Penser ? À quoi d’ailleurs ? Tout est déjà pensé pour moi dans cette société, je n’ai qu’à lire les réflexions des autres et choisir ce qui me plaît le plus.

Le moindre moment de vide doit être rempli.

On a peur de louper quelque chose.

Pire, on a peur de nos propres pensées.

Peut être que si on laissait notre esprit vagabonder, on se poserait trop de questions. On remettrait des choses en question.

Face à ce qui ne nous plait pas dans notre vie, au pied du mur, on aurait plus le choix que d’agir pour la changer.
Ou bien ne rien faire et culpabiliser.

Dans les deux cas, c’est dur. Ça fait mal. Ce n’est pas agréable. On aurait du mal à s’endormir, avec ces pensées qui tourbillonnent. Mieux vaut s’éviter ça et s’occuper l’esprit.
Se divertir.

Et si on reprenait le contrôle? Si on reconquérait notre monde intérieur et nos pensées?

Profiter de ces moments d’ennui, de vide. Accueillir les pensées et les idées qui émergent.
Se laisser le temps de les développer.

Ça paraît simple mais c’est tellement dur. Ouvrir Instagram et Facebook est devenu pire qu’une habitude, c’est un réflexe.

Il faut y aller doucement: les nouvelles habitudes ça se construit petit à petit, si tu veux que ça dure.

C’est dur de se perdre dans ses pensées, le regard dans le vide, au milieu de cette foule le cou incliné sur le téléphone.

Ma solution : un petit livre, facile à glisser dans le sac. Le genre qui ne te demande pas une concentration extrême (oublie Proust). Et un autre à côté de mon lit, parce-qu’après 10 min, c’est magique, le sommeil arrive. Les yeux qui brûlent à cause de la lumière de l’écran en moins.

C’est une première étape.

L’étape ultime, ce sera de réussir à rester sans rien faire. Laisser vagabonder tes pensées.
Jusqu’à ce qu’une notification te ramène à la réalité…

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