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La sortie de l’année

Hier, je suis allée faire des courses.

C’est la deuxième fois depuis le confinement. Je me faisais une joie de sortir, de parcourir le kilomètre qui me sépare du supermarché.

Sentir le soleil brûlant et le vent glacé, observer les premiers bourgeons du printemps et le ballet des corbeaux.

Sur le trottoir, je finis par atteindre une personne. C’est une fille de mon âge, qui parle au téléphone, le pas lent. 

Je m’apprête à la dépasser avec mon caddie à roulette, quand une pensée me traverse l’esprit. Et si un postillon… Et si le vent…

Je m’arrête pour enfiler mon masque. La buée commence à couvrir mes lunettes. Je suis essoufflée. La “psychose” commence.

Arrivée devant le supermarché, je me désinfecte les mains. Et j’enfile des gants, au cas où. 

En dépit de toute logique, je commence par le rayon oeuf : toujours vide.

L’ambiance est étrange. La plupart des gens se sont couvert le visage.

Il y a même cette grand-mère qui s’est cousu elle-même un masque de fortune avec un torchon à vaisselle.

Et puis, au détour d’un rayon, je croise une famille entière. Ils sont 5 et dissertent sur quelle crème fraîche acheter. Aucun d’eux n’a de masque, et je me surprends à penser qu’on devrait interdir aux gens de parler sans se couvrir la bouche.

Le rayon est trop étroit pour maintenir une bonne distance avec eux alors je rebrousse chemin, et j’en oublie mon roquefort.

À part quelques personnes, tout le monde est seul et silencieux. Les gens s’évitent. Ils évitent aussi d’échanger un regard ou un signe de la tête en guise de bonjour, comme si ça aussi, ça pouvait les infecter.

Je sors du supermarché vidée. En même temps, c’est sans doute le plus gros effort que j’ai fait, ces derniers jours.

Aller acheter ses légumes, c’est la sortie de l’année.

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