Aller le contenu

La zone de confort

Parfois quelqu’un prononce une phrase qui résonne en vous. De toute la conversation et même de toutes celles de la semaine, c’est celle-ci que vous retiendrez.

Vous ne savez pas trop pourquoi, mais elle a fait tilt. Elle a déclenché une émotion, bousculé une croyance. Remis en question votre vision des choses.

Elle vous accompagnera les jours suivants, le temps de la digérer, de comprendre comment elle va désormais influencer votre vie. 

Elle vous reviendra en tête même des mois après, cette petite phrase lancée par un ami. 

Souvent, ce sont des phrases innocentes, dont l’auteur a oublié la consistance la seconde d’après. 

Mais pas vous. 

Elle vous appartient maintenant, et il va falloir en faire quelque chose. 

Pour moi ce jour-là, au bord du lac Atitlan au Guatemala, c’était une phrase plutôt anodine prononcée par mon amie. 

Alors qu’on fait une petite randonnée pour aller admirer des cascades, je suis confrontée à des situations inconfortables : on doit traverser la rivière agitée plusieurs fois en marchant sur des rochers glissants. Je n’ai jamais vraiment aimé ça, avec mes jambes de Bambi, mon manque d’équilibre et ma peur de glisser.

Puis les choses se corsent encore quand il faut escalader d’imposants rochers ou longer sur une paroi verticale dotée d’un mince rebord où on a à peine la place de mettre un pied devant l’autre.

Ça me coute, mais j’avance tranquillement.

Arrivées aux cascades, la récompense en valait largement la peine. La cascade est incroyable, enserrée dans deux parois rocheuses couvertes de fougères.

Je lance aux filles qu’elle m’a couté, cette petite rando. 

C’est pas drôle si c’est trop facile”, me répond Ceci. 

Ou peut-être qu’elle a dit “c’est pas l’fun si c’est trop facile”, parce qu’elle est québécoise. 

Elle a raison. Des cascades comme celle-ci, on a vu des dizaines durant ces années de voyage. Des plus grandes, des plus bleues. Pourtant, on est émerveillées. 

Puisque le chemin a été difficile, la récompense est d’autant plus savoureuse. 

Tout à coup, je réalise que cela s’applique à tous les champs de la vie. 

Je n’ai jamais été une challengeuse. Je n’ai jamais eu particulièrement l’esprit de compétition. J’ai toujours fait du sport plutôt pour m’amuser que pour gagner. 

À  l’école, c’était pareil. C’était facile, mais je n’ai jamais cherché à faire plus pour être la meilleure. 

Toute ma vie, j’ai pris l’habitude que les choses soient simples. 

Je suis allée à l’université plutôt qu’en prépa. J’ai cherché des jobs pour lesquels j’étais sur-diplômés. C’était plus simple, j’étais sûre de réussir. où plutôt, de ne pas échouer. 

Alors quand les choses se corsent, j’abandonne facilement. 

Je ne me bats pas. A vrai dire, je ne sais même pas comment faire. 

Or, à trop privilégier les choses simples, on ne savoure plus les réussites. 

Pire, on s’ennuie. On s’ennuie à mourir, sans trop comprendre pourquoi. 

Quel intérêt à jouer quand on sait qu’on va gagner? Quand on est pile dans la zone de confort de nos compétences? 

Ce jour-là, ces quelques mots de Ceci me chamboulent complètement. 

Je décide que j’ai besoin de piment dans ma vie. Que je ne vais plus me contenter de petites réussites fades et sans saveur parce que c’est “safe”.

Je comprends l’ampleur de ma peur de l’échec.

Or, avoir peur de tomber, c’est avoir peur d’apprendre. Et prendre des risques, c’est aussi risquer de gagner. 

Sur le chemin du retour, je traverse une à une les pierres glissantes de la rivière, le sourire aux lèvres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.