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La peur des européens

Hier, je suis sorti petit-déjeuner. Je cherchais des nouilles, bien habituée après un mois au Vietnam.

Je me balade dans les rues, mon masque sur le visage.

Je finis par tomber sur des Vietnamiens qui aspirent leurs nouilles bruyamment, assis sur de minis chaises sur le trottoir.

Pile ce que je cherchais.

Je m’approche. Les bruits de bouche cessent et tout le monde m’observe, quitte à se dévisser la tête.

Je sens bien que les regards sont différents désormais. Comme méfiants.

Je ne perds pas ma consistance et m’approche de la cuisinière pour demander poliment si je peux m’asseoir.

Elle ne lève pas la tête, toujours penchée sur son bouillon.

Je réitère ma demande. Peut-être qu’elle ne m’a pas entendu, derrière mon masque.

Elle finit par me jeter un regard méprisant, même si je ne le comprends pas tout de suite.

Elle passe à côté de moi, un bol de nouilles à la main, en m’ignorant totalement.

Je comprends qu’elle ne me servira pas.

Elle a peur.

Ces regards de méfiance, ils sont mon quotidien depuis quelques jours.

Je suis blanche, et même si la moitié de mon visage est cachée par un masque, on voit bien que je suis européenne.

Beaucoup d’Européens encore dans des pays étrangers (par choix ou en attendant de rentrer), vivent la même chose.

Et pas seulement des regards: contrôles un peu trop zélés, gens qui s’écartent dans la rue ou qui refusent de vous servir à manger, le racisme anti-européen se développe.

C’est donc ça, être victime de discrimination.

Que doit-on ressentir quand subit ça depuis l’enfance ?

Quand on est victime de la peur des autres ?

Car c’est ça, le racisme, l’homophobie, la xénophobie. 

C’est une peur dirigée vers l’autre et appuyée par un jugement, une croyance, qu’on généralise.

“Tous les… sont…”

C’est plus facile pour le cerveau. Pas besoin de se poser de question, d’analyser les faits au cas par cas pour se faire une opinion.

En face, on se sent impuissant, victime d’une injustice.

On fait tout pour montrer que nous, on est différent.

C’est instinctif, l’être humain veut être accepté.

Et si ça ne marche pas, fatigué de lutter, il finit par rester entre soi.

Moi hier, j’ai bien porté mon masque. Je me suis bien désinfecté les mains.

Et j’ai petit-dej dans un resto européen.

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